Festival du Roman Noir et Social de Vitry 4ème Edition, du 1er au 3 décembre 2023

POUY Jean-Bernard

Ne lui dites surtout pas, même avec tout ce qu’il faut de respect dans la voix, qu’il est l’un des papes du polar à la française, cela l’agacerait. Les yeux pétillants et la bouche malicieuse, il vous répondrait de façon ingénue : « Un pape, non. Un papy du polar, oui ! »

C’est que le bonhomme commence, effectivement, à additionner les années. Le tout sans que ses neurones s’en aperçoivent, ils sont toujours aussi gaillards. Jean-Bernard c’est la fulgurance personnifiée, un calembour toujours prêt à jaillir, une idée à la minute, une culture haut-de-gamme, une humanité à toute épreuve, un sens de la répartie légendaire…

Ce grand nom de la littérature noire déteste les romans policiers, les thrillers, la violence et refuse, par-dessus tout, l’idée même de se mettre dans la peau d’un flic. Pour lui le roman noir est basé sur la critique sociale, il est l’un des grands « théoriciens » de la question. Pour faire le point du sujet, il a écrit « Une brève histoire du Roman Noir ».  C’est peu dire que sa place est gardée au chaud, année après année, dans notre Panthéon de Vitry-sur-Seine.

Le bonhomme adore l’écriture sous contrainte, comme tout bon oulipien qui se respecte. C’est lui qui a créé la fameuse collection Le Poulpe et nous sommes nombreux à y avoir fait nos premiers pas littéraires. Rien que pour cela : chapeau bas, l’ami ! Viendront ensuite d’autres collections

Jean-Bernard, c’est un regard sur les dysfonctionnements de notre société, un regard qui tape juste. Jamais donneur de leçon, toujours facilitateur pour aider à comprendre les enjeux du monde.

Lui, qu’il ne faut surtout pas confondre avec un « écrivain », terme qu’il abhorre – préférez auteur, ça lui ira mieux – a toujours un manuscrit dans un tiroir. Il écrit comme il respire, du bon, voire du très bon, mais aussi des pochades, des objets littéraires non identifiés… Son tout premier livre (Spinoza encule Hégel) il l’a rédigé pour rembourser une dette. Jibé, puisque c’est comme ça qu’on l’appelle affectueusement, est le gars le plus détendu de la Terre. Ce qui est dingue, est qu’il n’a jamais vraiment voulu écrire, sa passion première c’était le cinéma, objet d’une thèse après des études dans le très sélect lycée Henri IV.

S’il continue d’écumer les salons et les festivals c’est qu’il a toujours à dire, à apporter et surtout… A soutenir. Combien de salons, combien de festivals ont pu bénéficier de son aura pour se lancer ? Soit, on discutera avec lui autant à sa table de dédicaces qu’au bar, mais cette conversation sera enrichissante, à n’en pas douter.

Le rédacteur de cette bio se souvient l’avoir vu quitter un salon littéraire pour aller voter. Paradoxe pour celui qui se définit comme anarchiste mais, comme il dit à une journaliste de Libération : « En tant qu’anarchiste, je ne devrais pas, mais comme il est interdit d’interdire, j’y vais parfois ».

Pouy jean bernard photo bertini copy
 

Crédit photo : Bertini

Date de dernière mise à jour : 05/10/2023